Les résistances face au changement : quand la permaculture, le photovoltaïque et le traitement des déchets se heurtent aux lobbies et aux habitudes

Dans un contexte de crise écologique majeure, des méthodes alternatives comme la permaculture, le photovoltaïque émergent comme des solutions prometteuses. Le traitement des déchets est lui plus anciens mais toujours aussi important. Malgré tout, leur adoption reste freinée par des résistances, tant économiques que culturelles. Ces freins, souvent invisibles, révèlent la complexité de la transition écologique.

De l'économie aux intérêts bien ancrés
Les industries traditionnelles de l’énergie disposent d’un poids économique et politique considérable. Par exemple, le secteur des énergies fossiles, fortement subventionné, exerce une influence notable sur les décisions publiques, ralentissant le développement des énergies renouvelables. Les chiffres révélés par le Fonds Monétaire International (FMI) en 2023 mettent en lumière ce fort décalage entre la rhétorique écologique et les actions concrètes du pays. En 2022, la France a subventionné les énergies fossiles à hauteur de 17,9 milliards d’euros. 

Ce soutien aux énergies fossiles contraste avec la taxation élevée imposée à la consommation d’électricité issue des énergies renouvelables en France, selon l’observatoire de l’industrie électrique. À hauteur de 1 312 € par tonne de CO2 émise depuis le 1er février 2024, cette taxation est quatre fois supérieure à celle de l’essence, onze fois supérieure à celle du fioul domestique et neuf fois supérieure à celle du gaz naturel, malgré l’augmentation de l’accise sur ce dernier. Ces différences flagrantes en matière de taxation envoient un signal troublant quant aux objectifs de décarbonation des consommations énergétiques du pays. 

Le modèle de la permaculture, inspiré des écosystèmes naturels, est non seulement viable mais rentable : selon une étude de l’INRA menée à la ferme du Bec Hellouin, une micro ferme en permaculture peut générer jusqu’à 57 000 € de chiffre d’affaires par hectare, contre 7 600€ en agriculture céréalière conventionnelle. Pourtant, 51 % des aides de la PAC (Politique Agricole Commune) vont aux exploitations les plus productivistes (20% du territoire français), renforçant un système agro-industriel intensif soutenu par les géants de la chimie (Syngenta, Bayer, etc.) qui verrouillent le marché des semences et phytosanitaires.  
Des normes en pagaille
Le photovoltaïque aussi subit ces résistances. En 2023, la France n’avait équipé que 5 % de ses toitures de panneaux solaires. Malgré la baisse des coûts mondiaux (moins de 1000 €/kWc dans certains pays), le prix moyen d’une installation résidentielle française avoisine toujours les 2 800 €/kWc, alourdi par une TVA de 20 %au-delà de 3 kWc et des procédures kafkaïennes. Si le Gouvernement encourage les consommateurs à investir dans des panneaux solaires par la création d’aides et de dispositifs, les démarches à effectuer rebutent de nombreux consommateurs. De plus, ​L'État, on le sait, est actionnaire à 100 % d'EDF qui traîne une dette colossale. Les installations domestiques sont rentables en autoconsommation pure, mais leur impact global sur la transition énergétique est limité. C'est la raison pour laquelle l'État favorise les grands parcs photovoltaïques par rapport aux installations des particuliers pour plusieurs raisons : efficacité à grande échelle, rentabilité, car moins d’entretien, contribue à l’indépendance énergétique et la gestion du réseau est plus simple que sur des milliers d’installations de particuliers. 

Côté déchets, la France produit 34 millions de tonnes de déchets ménagers par an, dont 70% est correctement triée, le reste alimente un réseau de 126 incinérateurs, qui brûlent les 30% restants. Ce modèle, promu par des industriels comme Suez ou Veolia, est énergivore, génère des résidus toxiques (470 000 tonnes par an), mais reste financé par l’État et les collectivités locales. Pire : le lobby du plastique milite à Bruxelles pour faire reconnaître l’incinération comme énergie renouvelable, retardant le déploiement du zéro déchet. En droit, une énergie « renouvelable » est définie comme une énergie produite à partir de sources non-fossiles renouvelables, ce qui comprend notamment la biomasse. Autrement dit, les déchets, dès lors qu’ils sont d’origine biologique, entendu au sens « d’organique », sont considérés comme renouvelables. C’est en tout cas la définition qui prévaut depuis 2001 et la première Directive de l’Union sur les énergies renouvelables. Au moment où il était estimé que les ordures ménagères étaient composées à 50 % de biodéchets, il a été établi au niveau réglementaire que « la production d’électricité renouvelable à partir d’une usine d’incinération d’ordures ménagères est égale à 50 % de l’ensemble de la production d’électricité produite par l’usine ».